Interview – A-P Mariano, auteur de Putain de Retraite: « la retraite est un gâchis humain considérable »

antoine-pierre-mariano-retraiteMamy Boom a rencontré Antoine-Pierre Mariano, ancien rédacteur en chef du Figaro et auteur de « Putain de Retraite » (Editions des Equateurs). Système des retraites, fossé intergénérationnel, nouvelles technologies, religion… et pantalons de velours…. Il nous dit tout. Bonne retraite à tous!

Pourquoi ce livre?

J’ai écrit ce livre parce que, retraité depuis plus de dix ans, je constate deux choses : la première que la retraite est un gâchis humain considérable ; la seconde que le système de retraite à la française est une bombe à retardement qui, s’il est maintenu en l’état, va provoquer une catastrophe économique. On dit cela depuis une trentaine d’années, certes, mais plus l’on tarde à réformer le système, plus le mal sera difficile à vaincre. Alors, plutôt que d’écrire le centième rapport sur l’avenir des retraites, j’ai préféré un style plus léger, avec, disent ceux qui ont aimé ce livre, de l’humour.

Vous citez La Rochefoucauld : « Peu de gens savent être vieux » Vous-même, avez-vous trouvé la recette?

Non, pas encore. Sans doute parce que je rêve encore. Parce que j’ai des projets. Le jour où je ne parlerai que de mes souvenirs, je serai peut-être devenu vieux.

Le nombre de divorces chez les retraités a été multiplié par 10 au cours des 30 dernières années. Comment expliquez-vous cette difficulté à passer cette étape à deux?

J’imagine que les rapports que vous citez sont  les mêmes dans toutes les tranches d’âge. Cela étant, il est certain que la retraite est pour un couple un vrai tremblement de terre car il faut se réhabituer à vivre ensemble. Certains y parviennent. D’autres ne réussissent pas cette dernière étape de la vie et préfèrent aller voir si l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté. Ont-ils tort ? Ont-ils raison ? Je me garderai bien de porter un jugement…Sauf peut-être à m’apitoyer sur le sort de beaucoup de femmes qui sont laissées avec très peu de ressources pour finir leur vie.

Votre héros rencontre des difficultés avec les nouvelles technologies (smartphone, télécommande). Vous-même, comment voyez-vous ces avancées ? Pensez-vous qu’elles contribuent à creuser le fossé inter-générationnel dans notre société où le jeunisme est roi?

La rapidité avec laquelle les technologies progressent engendre fatalement un décalage entre générations. Il y a cent ans un paysan travaillait comme son grand père et les armées de Napoléon progressaient à peu près au même rythme que les légions romaines. Aujourd’hui, par exemple, il n’est pas sûr que tous les téléspectateurs sachent comment leur appareil fonctionne et bon nombre d’automobilistes ne savent pas ouvrir le capot de leur voiture ; et quand bien même ils y parviendraient, ils ne pourraient rien faire pour réparer. Mais vaille que vaille, nous sommes bien obligés de nous adapter à toutes ces nouvelles technologies. Quitte à pester contre ces machines infernales…ou à faire appel aux plus jeunes que nous pour nous tirer d’affaire.

Vous raillez ces vieux qui se démontent tous les soirs (moumoute, dentier, appareil auditif…). Que pensez-vous de tous ces hommes et femmes qui luttent contre les effets du temps à grands coups de bistouri?

Pourquoi pas ? Chacun trouve son bonheur où il peut…Mais quand on croise des personnes dont le visage sans ride n’exprime plus rien ou d’autres qui ne peuvent plus sourire tant elles ont la peau tendue, on a le droit de réfléchir aux finalités de la chirurgie esthétique.

Vous parlez un moment de votre fantasme du familistère. Où en êtes-vous de votre réflexion? Avez-vous vu le récent film « Et si on vivait tous ensemble » avec Guy Bedos, Claude Rich, Pierre Richard ou encore Jane Fonda sur une bande d’amis à la retraite qui décident de vivre vie dans la maison d’un des leurs ?

Mes amis et moi réfléchissons encore. Je crains que nos débats durent encore longtemps. Quant au film dont vous me parlez, je ne l’ai pas vu. Mais suivant ce que vous m’en dites, le fantasme du familistère que mes amis et moi nourrissons est bien dans l’air du temps.

Vous conseillez aux retraités de ne pas passer leur retraite à Paris. Dans un monde idéal, où la passeriez-vous?

En France. Assurément. Où ? Peu m’importe ! Dans le bocage normand, au pied des Pyrénées ou dans une vallée vosgienne. Mais surtout pas dans une grande métropole. Il faut laisser ces lieux inhospitaliers à ceux qui y travaillent.

Vous dites qu’à l’approche de la mort, nombreux sont ceux qui se tournent vers Dieu, quel qu’il soit, « ce dernier visiteur des consciences ». Vous-même, avez-vous avancé dans votre réflexion?

Si j’avais avancé, cela se saurait ! Mais cela ne m’empêche pas de continuer à réfléchir.

Dernière question: quid de vos pantalons de velours?

Je dois en avoir une dizaine! Mais il m’arrive encore de porter des pantalons en drap et même des jeans que j’aime bien assortir à de belles  chaussures en cuir!

Antoine-Pierre Mariano participera le mercredi 7 octobre à l’emission  » Toute une histoire  » sur France 2

Propos recueillis par Julien Aime, auteur de « Le Pot de Départ – le roman d’un futur retraité » (Editions Baudelaire)

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